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#Reflexions Dialogues #1

Un nouveau type de contenu qui m'est inspiré par l'actualité du moment (et aussi un peu par les vidéos "Dialogues de sourds" du vidéaste Didi Chandouidoui). Élections, débats sociétaux, crise, etc.

Je ne donne volontairement pas de noms aux protagonistes. Le but est de faire ressortir des idées mais pas de leur prêter une identité ou une personnalité.

Je ne dirai pas non plus de quel point de vue je me situe moi-même, mais je pense qu'avec un minimum de jugeotte, vous l'aurez deviné :)

Pour ce premier dialogue, parlons IVG, mariage pour tous, etc.

EDIT du 31 janvier 2017 : je m'aperçois, quelques semaines plus tard, en relisant ce dialogue que j'oublie un contre-argument de taille. Plutôt que de toucher au dialogue, je vais me contenter de dire ici que l'homosexualité n'est pas le propre de l'homme puisque ce comportement a déjà été observé chez plusieurs espèces animales. Bonne lecture.

« Tu as vu que François Fillon voulait supprimer l'IVG ?

— Alors, même s'il est contre, il a dit ne pas vouloir revenir sur cette loi.

— Quelle loi ?

— La loi Veil. Du nom de Simone Veil qui s'est battue pour le droit des femmes.

— Il y a quand même quelque chose que j'ai du mal à saisir. L'IVG, c'est un meurtre !

— C'est quand déjà ton anniversaire ?

— Le mois prochain, mais je ne vois pas le rapport.

— Si j'en crois ce que tu dis, que pratiquer une IVG, c'est tuer un être vivant. Par conséquent, tu aurais dû fêter ton anniversaire il y a 8 mois, non ?

— Je ne suis pas certain de te suivre, mais pour moi, le fait de naître ne signifie pas qu'on devient un être vivant, on l'était déjà dans le ventre de notre mère.

— Et à partir de quel moment tu considères qu'on devient un être vivant ?

— Je ne sais pas trop. Quand on est capable de ressentir les choses ?

— On n'est pas vraiment capable de savoir à quel moment un embryon ou un fœtus devient capable de ressentir des choses. Il y a bien une loi qui reconnaît des droits aux embryons mais ça ne reste qu'une loi avec un chiffre fixé par des personnes au gouvernement. Est-ce que ça représente la réalité, je ne suis pas sûr.

— Donc tu me dis que le fœtus ou l'embryon n'est pas un être vivant ?

— Bien sûr que si, mais je préfère considérer qu'il vaut mieux qu'il ne voit pas le jour plutôt qu'il vive une vie qu'il n'a pas voulue.

— Parce que pour toi, il a choisi de vivre ?

— Là, ça devient intéressant ! Non, il n'a pas choisi. Et la mère, dans beaucoup de cas, n'a pas choisi non plus de tomber enceinte.

— Et est-ce que ça vaut la peine de le tuer pour autant ?

— Je pense qu'il vaut mieux ça, plutôt qu'il vive une vie malheureuse.

— Mais qui te dit qu'il sera malheureux ? Une grossesse non désirée n'est pas synonyme de désamour entre la mère et son enfant !

— Va dire ça à la gamine de 14 ans qui s'est fait violer, qui est tombée enceinte, qui a voulu le cacher à ses parents parce qu'elle avait honte et qui n'avait plus le choix que d'accoucher ! Franchement, je ne te comprends pas ! Avant même qu'un enfant ne naisse, on devrait d'abord penser à ce que veulent les femmes dans l'histoire, non ? On n'est plus à l'époque où les femmes n'ont pas leur mot à dire.

— La contraception existe si elles ne veulent pas tomber enceintes.

— La contraception hormonale n'est pas fiable à 100%. Et puis les hommes devraient apprendre à ranger leur engin et ne pas sauter sur tout ce qui bouge. Crois-moi, si les hommes pouvaient tomber "enceint" et qu'ils se croyaient supérieurs aux femmes comme aujourd'hui (on ne va pas se mentir, si les salaires étaient identiques selon le sexe, ça se saurait), ça fait longtemps qu'ils auraient légalisé l'IVG et que ça serait devenu une pratique banale.

— Admettons que tu aies raison sur ce point. Mais dont-on enlever la vie à un embryon ou un fœtus parce qu'il est atteint d'un handicap ? Il démarre dans la vie avec une difficulté supplémentaire, est-ce une raison pour la lui enlever ?

— Tu as de la chance de ne pas vivre avec un handicap. Tu as vraiment envie de vivre avec des traitements médicamenteux à vie, des difficultés à t'exprimer ou à te déplacer ?

— Eh tu fais du tort aux personnes handicapées là !

— Ce sont des personnes comme tout le monde, je suis le premier à le dire. Ce sont les premières à le dire. Ce n'est pas ça le problème. Non, le problème, c'est que notre environnement, notre société les mets encore trop de côté, et aujourd'hui, beaucoup de lieux ou de services ne sont toujours pas accessibles. Et une fois de plus, estime-toi heureux de ne pas avoir tous ces inconvénients au quotidien.

— Je continue de croire qu'on ne devrait pas interrompre une grossesse à cause d'un handicap détecté.

— Mets-toi à la place des parents ! Ça demande beaucoup de forces d'accepter que son enfant puisse être handicapé. Ce n'est pas drôle tous les jours !

— Certains y arrivent bien ! Ce n'est pas impossible.

— Et je leur tire mon chapeau ! Mais ce n'est pas sans difficultés ; mets-toi à leur place… Une fois de plus je préfère voir une IVG, plutôt que des parents démissionnaires face à leur enfant.

— C'est déjà de l'ordre de la démission, l'avortement.

— Avoir un enfant est un droit, un choix, pas un devoir ou une obligation ! Une femme doit être libre de choisir si elle veut être enceinte ou non.

— Si Dieu a donné la vie, la main de l'homme ne doit pas l'enlever.

— Je me doûtais qu'il y avait de la religion là-dessous.

— Et alors, je n'ai pas le droit d'avoir des croyances ?

— Bien sûr que si. Tu fais ce que tu veux de ta vie. Ça m'en touche une sans faire bouger l'autre.

— Ouais, enfin ne va pas croire que, parce que je suis croyant, je suis le stéréotype du coincé conservateur qui m'en remet à Dieu tout le temps.

— C'est toi qui a été le premier à citer Dieu et pour le moment, c'est l'argument ultime que tu m'as apporté concernant l'avortement.

— Il n'empêche que tu n'y as pas répondu. Si on enlève une vie, même celle d'un embryon ou d'un fœtus, c'est la même chose que de tuer un être humain "déjà né". Ce n'est pas éthique !

— Ah l'éthique ! Un truc inventé par les hommes pour éviter d'avoir à assumer ce qui leur semble inconventionnel ou contre nature.

— Sans éthique, l'homme tuerait pour un oui ou pour un non.

— Ce qui est déjà relativement le cas, non ? Mais si tu veux faire preuve d'éthique en tout point, tu dois reconnaître que la femme est l'égale de l'homme, et que si un salaud aujourd'hui a la possibilité de se casser quand il apprend que sa femme est enceinte pour ne pas assumer sa paternité, une femme doit elle aussi pouvoir choisir si elle veut devenir mère ou non. Tu vois, les limites de l'éthique sont floues et on s'en sert surtout quand ça nous arrange.

— Ouais… je ne me sens pas convaincu. Légaliser l'IVG, c'est légaliser le meurtre.

— Heureusement qu'on légalise l'IVG, t'as vraiment envie qu'on en revienne aux ceintres ?

— Aux ceintres ?

— Ça ne date pas de la loi Veil, le fait qu'une femme ne veuille pas de son enfant. Les avortements illégaux ont longtemps été pratiqués à l'aide de ceintres… je te fais un dessin ? Aujourd'hui, certaines femmes qui ne peuvent pas avorter ou qui n'osent pas le faire, car ça reste une opération délicate, ont des gestes désespérés. Certaines se donnent des coups au ventre. Heureusement qu'on peut encadrer les avortements avec des lois !

— Aujourd'hui de toute façon, dès que ça concerne la famille, on fait des lois pour tout et n'importe quoi ! On a bien légalisé le mariage pour tous.

— Quel rapport ?

— Aucun. Je souligne juste qu'aujourd'hui, le monde part en vrille et que l'on vote des lois contre nature.

— Tu veux dire que l'homosexualité est contre nature si je comprends bien ?

— Tout à fait. La nature a créé deux sexes chez l'être humain pour se reproduire. Donc oui, l'homosexualité est contre nature !

— Tu plaisantes ? Tu essaies de me tenir un discours pseudo-darwiniste, mais ton propos est désuet pour deux raisons. D'abord parce que si l'homosexualité était néfaste pour l'Homme, ça fait longtemps que l'humanité aurait disparu, au contraire la population continue d'augmenter à un rythme effreiné aujourd'hui. Ensuite, parce que l'homosexualité n'est pas le propre de l'homme. Des comportements homosexuels ont été observés chez plein d'autres animaux. La vérité, c'est qu'on t'a appris que l'homosexualité était quelque chose de mal, c'est la société, c'est l'éducation qui t'a appris cela. Mais l'homosexualité n'est pas un choix.

— Excuse-moi, mais moi je peux bien choisir ce que je fais de ma sexualité. Et mon choix ne se portera certainement pas sur quelqu'un du même sexe que moi.

— Et c'est tant mieux ! Ton corps est attiré par les personnes du sexe opposé, c'est comme ça, c'est tout. Pour les homosexuels, c'est pareil.

— Mais alors, c'est une perversion, une maladie !

— Mais d'où tu sors ça ? Ça fait bien longtemps que l'homosexualité n'est plus considérée comme une maladie. Et ça n'aurait jamais dû être ainsi ! Les homosexuels ne sont pas plus différents de toi ou de moi.

— De là à légaliser leur mariage…

— Mais au pire, qu'est-ce que ça peut te faire qu'ils puissent se marier ? On parle d'amour là et toi tu aurais plutôt tendance à avoir un discours de haine envers eux.

— De haine ? Non. Je ne les hais pas. J'ai juste du mal à les comprendre.

— Il n'y a rien à comprendre. Pourquoi veux-tu absolument comprendre quelque chose ? Ne peux-tu pas tout simplement accepter que deux hommes ou deux femmes puissent s'aimer ?

— Ça me répugne rien qu'à l'idée d'en voir s'embrasser.

— Mais merde quoi ! On parle d'amour ! Pas de perversion ! Pourquoi les hétérosexuels auraient-ils plus le droit de s'afficher en pubic que les homosexuels ?

— Je ne veux pas que mes enfants plus tard voient ce genre de choses.

— J'espère que tes enfants seront plus intelligents et ouverts d'esprit que toi…

— Bravo, toi tu as les idées larges ! Alors ça commence avec deux homos qui se roulent des pelles et après tout le monde à poil dans les rues !

— La pudeur est valable pour tout le monde, hétéros comme homos. Mais deux personnes homosexuelles qui s'embrassent dans la rue, ça ne devrait choquer personne au même titre que deux hétérosexuels. On ne devrait même pas avoir à parler et débattre de leur acceptation puisqu'ils sont humains comme toi et comme moi. Que l'on soit blanc, noir, homme, femme, petit, grand, vieux, jeune, hétéro ou homo, on a tous, a priori, deux bras, deux jambes, deux yeux, un cœur pour aimer et un cerveau pour penser. Mais manifestement, toi tu n'en fais pas bon usage.

— Je veux bien être ouvert, mais il y a des limites. Tout de même les autoriser à se marier ou même à adopter ! Tu crois vraiment que des enfants peuvent grandir normalement avec deux papas ou deux mamans ?

— Aussi bien qu'un enfant qui a grandi avec un seul parent. Aussi bien que n'importe quel enfant dans une famille heureuse. Tu te rends compte que, jusqu'à récemment, on autorisait l'adoption pour des parents mal-intentionnés et pas pour des couples homosexuels qui n'attendaient qu'une chose : donner de l'amour à un enfant. À cause de gens comme toi, la discrimination persiste envers ces personnes, alors qu'en soi, je ne vois vraiment pas en quoi ça puisse te déranger que Pierre, Paul ou Jacques puisse se marier avec Marcel.

— Parce que je n'ai pas envie de ce monde-là demain. Je n'ai pas envie de voir des homosexuels partout autour de moi !

— Mais qui t'a parlé d'une invasion ? Tu délires complètement là. Et puis ne pas avoir envie d'un monde comme tu le souhaites, c'est extrêmement égoiste comme désir.

— Je ne suis pas le seul à penser comme cela. Il n'y aurait jamais eu de "Manif pour Tous" sinon.

— Tu parles du mouvement contestataire d'arriérés qui veulent reculer d'au moins 100 ans sur tous les progrès de notre société tout en baffouant l'égalité entre les Hommes ? Sérieusement, encore des histoires d'éducation et de religion sous-jacente. On t'a appris à penser comme cela, mais prend du recul ! Souviens-toi quand tu étais un enfant. Tu aurais vu deux hommes ou deux femmes s'embrasser à côté de toi, ça ne t'aurait fait ni chaud ni froid et tu serais retourné jouer dans le sable après. Au pire, ça t'aurait posé une question, mais tu aurais vite oublié. Souviens-toi : qui t'a appris que l'homosexualité, c'était le mal ? Ton prof ? Tes parents ? Je ne les accuse pas, non. Parce qu'ils ont été élevé avec ces valeurs et probablement avec tous les préceptes religieux sous-jacents. Mais essaie de prendre un peu de recul, émancipe-toi de ton éducation et apprend à juger ce qui est bien et mal par toi-même ! Comprends que chaque personne autour de toi est une âme qui vit, avec ses envies, ses besoins, ses fantasmes, ses problèmes, son vécu et son avenir. Quand tu auras compris que l'égalité et même l'équité est un droit de tous, alors le débat que nous venons d'avoir sera caduc. »

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